Publications
Horaire des repas et risque de syndrome métabolique dans la biobanque prospective française NutriNet-Santé
Elena Obeid, Xuân Le Folcalvez, Anna Palomar-Cros, Sandrine Péneau, Alice Bellicha, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Benjamin Allès, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Paola Yvroud-Hoyos, Serge Hercberg, Jean-Michel Oppert, Alexandra Montagner, Hervé Guillou, Mathilde Touvier, Valentina A. Andreeva, Khaled Ezzedine, Bernard Srour
Obeid E, Folcalvez XL, Palomar-Cros A, Péneau S, Bellicha A, Deschasaux-Tanguy M, Allès B, Julia C, Kesse-Guyot E, Yvroud-Hoyos P, Hercberg S, Oppert JM, Montagner A, Guillou H, Touvier M, Andreeva VA, Ezzedine K, Srour B. Timing of food intake, chrononutritional behavior patterns, and risk of metabolic syndrome in the French NutriNet-Santé cohort. Sci Rep. 2026 May 11. doi: 10.1038/s41598-026-51459-1. Epub ahead of print. PMID: 42115288.
CONTEXTE
De plus en plus de preuves issues d'études précliniques suggèrent que l’heure des repas influence la santé métabolique. Cependant, les données chez l'humain restent peu concluantes. Cette étude vise à évaluer, au sein d'une large cohorte, les associations entre l’heure et la fréquence des prises alimentaires, la répartition énergétique et les habitudes chrononutritionnelles d’une part, et le risque de syndrome métabolique, d’autre part.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Nous avons utilisé des données alimentaires, biologiques, cliniques et de mode de vie, provenant de 16 436 adultes (72 % de femmes, 51 ans ± 13,7) issus de la cohorte NutriNet-Santé, qui ont participé à une consultation clinique (2011-2014). Les associations entre l’heure de la première et de la dernière prise alimentaire, le nombre de prises alimentaires, la durée du jeûne nocturne, le jetlag alimentaire et le pourcentage de l’apport énergétique après 17 h (à partir d’enregistrements répétés sur 24 h) et le risque de syndrome métabolique ont été évaluées à l’aide de modèles de régression de Poisson, ajustés pour tenir compte des principaux facteurs de confusion. Les profils chrononutritionnels ont été identifiés par ACP. Toutes les analyses ont été stratifiées selon le sexe.
RÉSULTATS
Lors de la consultation clinique (après 2,1 ans), 1 936 cas (11,8 %) de syndrome métabolique ont été identifiés. Dans les modèles multi-ajustés, chez les femmes, une première prise alimentaire plus tardive était associée à un risque plus élevé de syndrome métabolique (RR = 1,09 (1,02-1,16), P = 0,007). Un jeûne nocturne prolongé était associé à un risque accru de syndrome métabolique, uniquement lorsque la première prise alimentaire avait lieu après 8 h (RR = 1,11 (1,04 – 1,20), P = 0,002). Chez les hommes, un apport énergétique plus important après 17 h (RR = 1,12 (1,04 – 1,20), P = 0,004) et une plus forte adhésion à un profil chrononutritionnel caractérisé par des premières prises alimentaires riches en énergie (RR = 0,89 (0,84–0,95), P < 0,001) ont été associés au risque de syndrome métabolique. Aucune association n’a été observée entre le nombre de prises alimentaires ou le jetlag alimentaire et le risque de syndrome métabolique.
CONCLUSION
Cette étude met en évidence des associations spécifiques au sexe entre l’horaire et la répartition des prises alimentaires et le risque de syndrome métabolique. Ces résultats suggèrent que, au-delà de la qualité de l'alimentation, l’horaire des prises alimentaires pourrait constituer une stratégie complémentaire pour améliorer la santé métabolique et prévenir le syndrome métabolique. D'autres études longitudinales sont nécessaires.
Additifs Conservateurs et Incidence d’hypertension et maladies cardiovasculaires dans la cohorte prospective NutriNet-Santé
Anaïs Hasenböhler, Guillaume Javaux, Marie Payen de la Garanderie, Fabien Szabo de Edelenyi, Paola Yvroud-Hoyos, Cédric Agaësse, Alexandre De Sa, Inge Huybrechts, Fabrice Pierre, Xavier Coumoul, Léopold K. Fezeu, Pilar Galan, Jacques Blacher, Chantal Julia, Benjamin Allès, Serge Hercberg, Benoît Chassaing, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Bernard Srour, Mathilde Touvier
Hasenböhler A, Javaux G, Payen de la Garanderie M, Szabo de Edelenyi F, Yvroud-Hoyos P, Agaësse C, De Sa A, Huybrechts I, Pierre F, Coumoul X, Fezeu LK, Galan P, Blacher J, Julia C, Allès B, Hercberg S, Chassaing B, Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Touvier M. Preservative food additives, hypertension, and cardiovascular diseases: the NutriNet-Santé study. Eur Heart J. 2026 May 20:ehag308. doi: 10.1093/eurheartj/ehag308. Epub ahead of print. PMID: 42161430.
CONTEXTE ET OBJECTIFS
Des études expérimentales suggèrent que certains additifs alimentaires conservateurs pourraient impacter la santé cardiovasculaire, mais les données chez l'humain sont insuffisantes. Les associations entre l'exposition à ces composés et l'incidence d'hypertension et de maladies cardiovasculaires (MCV) ont été étudiées dans la cohorte NutriNet-Santé (n = 112 395 ; 78,7 % de femmes, âge moyen = 42,8 ans [écart-type = 14,7] ; France, 2009-2024, durée médiane du suivi = 7,9 ans).
MÉTHODES
Les apports alimentaires ont été évalués à l'aide d’enregistrements alimentaires de 24 heures répétés, incluant le recueil des marques des produits industriels consommés. L'exposition aux additifs alimentaires a été évaluée grâce à de multiples bases de données de composition et à des analyses de laboratoire ad hoc dans les matrices alimentaires. Les associations entre l'exposition aux conservateurs alimentaires cumulée au cours du suivi et la survenue des pathologies étudiées ont été caractérisées à l'aide de modèles de Cox ajustés sur les facteurs de risque connus ou suspectés.
RÉSULTATS
La somme des conservateurs comprenait 58 substances consommées par au moins un participant. La consommation totale de conservateurs non antioxydants était positivement associée à une incidence plus élevée d'hypertension (HRplus grands vs plus faibles consommateurs : 1,29 [1,20-1,39], 5 544 cas incidents) et de maladies cardiovasculaires (HR : 1,16 [1,04-1,29], 2 450 cas incidents). La consommation totale de conservateurs antioxydants était associée à une incidence plus élevée d'hypertension (HR : 1,22 [1,13-1,31]). Parmi les 17 conservateurs alimentaires individuels consommés par au moins 10 % de la population étudiée, huit étaient associés à une incidence plus élevée d'hypertension et un à une incidence plus élevée de maladies cardiovasculaires, après correction pour les tests multiples.
CONCLUSIONS
Dans cette vaste cohorte prospective, de multiples associations ont été observées entre l'exposition aux conservateurs alimentaires, largement utilisés par l'industrie agroalimentaire, et une incidence accrue d'hypertension ou de maladies cardiovasculaires. Des études expérimentales sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. Si ces nouvelles données sont confirmées, elles appellent à une réévaluation de la réglementation encadrant l'utilisation de ces additifs afin d'améliorer la protection des consommateurs.
Additifs alimentaires colorants et incidence de diabète de type 2 dans la cohorte NutriNet-Santé
Sanam Shah, Anaïs Hasenböhler, Guillaume Javaux, Marie Payen de la Garanderie, Fabien Szabo de Edelenyi, Paola Yvroud, Cédric Agaësse, Alexandre De Sa, Inge Huybrechts, Fabrice Pierre, Marc Audebert, Xavier Coumoul, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, Valérie Deschamps, Serge Hercberg, Benoit Chassaing, Emmanuel Cosson, Sopio Tatulashvili, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Bernard Srour*, and Mathilde Touvier*
*co-derniers auteurs
Shah S, Hasenböhler A, Javaux G, Payen de la Garanderie M, Szabo de Edelenyi F, Yvroud P, Agaësse C, De Sa A, Huybrechts I, Pierre F, Audebert M, Coumoul X, Julia C, Kesse-Guyot E, Allès B, Deschamps V, Hercberg S, Chassaing B, Cosson E, Tatulashvili S, Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Touvier M. Food Coloring Additives and Incidence of Type 2 Diabetes in the NutriNet-Santé Prospective Cohort. Diabetes Care. 2026 Jun 1;49(6):1067-1077. doi: 10.2337/dc25-2727. PMID: 42157365; PMCID: PMC13191426.
OBJECTIF
Étudier les associations entre l'exposition aux additifs colorants alimentaires et l'incidence de diabète de type 2.
CONCEPTION DE LA RECHERCHE ET MÉTHODES
L'étude a porté sur 108 723 participants (79,2 % de femmes, âge moyen 42,5 ans [écart-type 14,6]) de la cohorte française NutriNet-Santé (2009–2023). Les apports alimentaires ont été évalués à l'aide d'enregistrements alimentaires de 24 heures répétés, incluant les marques de produits industriels. L'exposition cumulée et dépendante du temps aux additifs alimentaires a été évaluée grâce à de multiples bases de données de composition et à des analyses de laboratoire ad hoc sur des matrices alimentaires. Les associations entre les expositions aux additifs colorants alimentaires (tertiles sexe-spécifiques lorsque la proportion de participants exposés était supérieure aux deux tiers, ou catégories non-exposés/modérément exposés/plus fortement exposés selon la médiane sexe-spécifique dans le cas contraire) et l'incidence de diabète de type 2 ont été évaluées à l'aide de modèles de Cox à risques proportionnels ajustés sur les facteurs de risque connus ou potentiels.
RÉSULTATS
Au total, 1 131 cas incidents de diabète de type 2 ont été diagnostiqués (durée médiane de suivi : 8,05 ans). Après correction pour les tests multiples (FDR), les apports en colorants suivants étaient associés à une incidence plus élevée de diabète de type 2 : colorants alimentaires totaux (rapport de risque [HR]plus forts consommateurs vs non/faibles consommateurs : 1,38 [IC 95 % 1,17–1,63], p = 0,0002), caramels totaux (1,43 [1,21–1,67], p = 0,0002), caramel ordinaire (1,46 [1,26–1,70], p = 0,0002), caramel au sulfite d'ammonium (1,30 [1,07–1,59], p = 0,007), colorants carotènes totaux (1,27 [1,08–1,48], p = 0,007), colorants caroténoïdes (1,39 [1,19–1,62], p = 0,0002), colorant bêta-carotène (1,44 [1,23–1,68], p = 0,0002), paprika-capsanthine-capsorubine (1,26 [1,08–1,46], p = 0,004), lutéine (1,20 [1,02–1,40], p = 0,0002), curcumine (1,49 [1,29–1,73], p = 0,0002), cochenille-acide carminique-carmins (1,27 [1,10–1,48], p = 0,003), et anthocyanes (1,40 [1,17–1,68], p = 0,0002).
CONCLUSIONS
Plusieurs associations positives ont été observées entre l'exposition à des colorants alimentaires naturels ou synthétiques et l'incidence de diabète de type 2. Des études complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents et, si ces résultats sont confirmés, ils appellent à une réévaluation des additifs colorants alimentaires afin de mieux protéger la santé des consommateurs.
Additifs alimentaires colorants et incidence de cancer dans la cohorte prospective NutriNet-Santé
*co-derniers auteurs
Shah S, Hasenböhler A, Javaux G, de la Garanderie MP, de Edelenyi FS, Yvroud P, Agaësse C, De Sa A, Huybrechts I, Pierre F, Audebert M, Coumoul X, Julia C, Kesse-Guyot E, Allès B, Hercberg S, Chassaing B, Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Touvier M. Food colouring additives and cancer incidence in the NutriNet-Santé prospective cohort. Eur J Epidemiol. 2026 Apr 9. doi: 10.1007/s10654-026-01393-3. Epub ahead of print. PMID: 41954817.
Notre objectif était d'évaluer les associations entre l'exposition aux additifs colorants alimentaires et l'incidence de cancer dans la cohorte française NutriNet-Santé. Au total, 105 260 adultes (78,3 % de femmes ; âge moyen 42,0 ± 14,5 ans), sans cancer prévalent et ayant complété au moins deux enregistrements alimentaires de 24 heures au moment de l'inclusion, ont été suivis pendant plus de 7 ans. Les apports alimentaires ont été évalués à l'aide d’enregistrements de 24 heures répétés et l'exposition cumulée et dépendante du temps aux additifs alimentaires a été évaluée grâce à plusieurs bases de données de composition et à des analyses de laboratoire ad hoc réalisées sur des matrices alimentaires. Les associations entre les expositions aux additifs colorants alimentaires (tertiles sexe-spécifiques lorsque la proportion de participants exposés était supérieure aux deux tiers, ou catégories non-exposés/modérément exposés/ plus fortement exposés selon la médiane sexe-spécifique dans le cas contraire) et l'incidence de cancer ont été évaluées à l'aide de modèles de Cox multivariables. Nous avons identifié 4 226 cas incidents de cancer (508 cancers de la prostate, 1 208 cancers du sein [387 cancers du sein préménopausiques et 821 cancers du sein postménopausiques] et 352 cancers colorectaux). Les additifs colorants alimentaires totaux étaient associés à une incidence plus élevée de cancer au global [HRplus forts consommateurs vs non/faibles consommateurs (IC 95 %) : 1,14 (1,05–1,24), de cancer du sein [1,21 (1,03–1,42)] et de cancer du sein postménopausique [1,32 (1,09–1,61)]. Après correction pour les tests multiples (FDR), le colorant caramel ordinaire (code européen : E150a) était associé à une incidence accrue de cancer au global [1,15 (1,07–1,25)], et le colorant bêta-carotène (E160a), au risque de cancer au global [1,16 (1,07–1,25)] et de cancer du sein [1,41 (1,23–1,62)]. Cette étude suggère un lien entre l’exposition aux additifs colorants et l'incidence de cancer. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats dans d’autres populations et élucider les mécanismes sous-jacents. Ces résultats appuient les recommandations visant à limiter l'exposition aux additifs alimentaires non essentiels (c'est-à-dire utilisés principalement à des fins sensorielles ou esthétiques et non pour la sécurité des consommateurs) et contribuent à apporter des éléments pour les futures réévaluations de ces additifs par les autorités sanitaires.
Associations entre la substitution des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle par des fruits et légumes cultivés en agriculture biologique et le risque de cancer : Résultats de la cohorte NutriNet-Santé
Berlivet J, Meyer E, Allès B, Lairon D, Hercberg S, Touvier M, Srour B, Baudry J, Kesse-Guyot E. Consumption of organic versus conventional fruits and vegetables in relation to cancer risk: findings from the NutriNet-Santé cohort study. Am J Clin Nutr. 2026 Mar 18:101284. doi: 10.1016/j.ajcnut.2026.101284. Epub ahead of print. PMID: 41862000.
Contexte et objectifs
La consommation régulière de fruits et légumes (FL) est associée à un moindre risque de développer certains cancers. Cependant, les FL sont également les aliments les plus contaminés par les pesticides, dont certains ont des propriétés carcinogènes. La consommation de FL cultivés en agriculture biologique permettrait de diminuer l’exposition à ces résidus de pesticides, mais les résultats des travaux ayant étudiés l’association entre consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique et risque de cancer ne sont pas concordants. En particulier, aucune étude n’a exploré le rôle specifique de la substitution des FL conventionnels par des FL issus de l’agriculture biologique sur le risque de cancer, au global et par localisation.
Cette étude a pour objectif d’étudier l’association entre la substitution des FL conventionnels par des FL biologiques, à niveau de consommation égal, et le risque de cancer, dans la cohorte NutriNet-Santé, parmi plus de 170 000 volontaires, en utilisant des données de consommation détaillées issus d’un questionnaire de fréquence alimentaire à 264 items distinguant le mode de production pour chaque item.
Méthodes
Le rôle de cette substitution est étudié via des modèles de Cox multivariés à risques proportionnels. Les hazard-ratios sont estimés pour une substitution de 100 g de FL conventionnels par des FL biologiques. Des modèles marginaux structuraux sont également implémentés pour améliorer l’inférence causale.
Résultats
Au total, 31 179 participants, parmi lesquels 75% de femmes ont été inclus. 1 718 cas de cancers (dont 284 cas de cancer du sein post-ménopause) ont été enregistrés durant le suivi, qui était en moyenne de 7,3 ans (± 3,1).
La substitution de FL conventionnels par des FL biologiques était associée à une réduction du risque de cancer toutes localisations confondues (HR (95IC%) pour une substitution de 100 g supplémentaire = 0,98 (0,95;1,00). On observait également un moindre risque de cancer du sein post-ménopause (HR (95IC%) pour une substitution de 100 g supplémentaire = 0,90 (0,85;0,96)). Aucune association n’était observée pour les autres localisations de cancers. Les résultats concernant le cancer du sein post-ménopause étaient robustes, après des ajustements additionnels et lors de la mise en œuvre de modèles marginaux structuraux. Les résultats concernant les cancers dans leur ensemble étaient moins robustes.
Conclusion
Ce travail suggère que la substitution des FL conventionnels par des FL issus de l’agriculture biologique pourrait réduire le risque de certains cancers. Cela concorde avec les recommandations nutritionnelles françaises, qui promeuvent la consommation de FL, notamment issus de l’agriculture biologique. Toutefois, se pose la question de l’accessibilité géographique et financière de ces produits alimentaires.
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