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Additifs alimentaires colorants et incidence de cancer dans la cohorte prospective NutriNet-Santé

Publié le 05/05/2026
Sanam Shah, Anaïs Hasenböhler, Guillaume Javaux, Marie Payen de la Garanderie, Fabien Szabo de Edelenyi, Paola Yvroud-Hoyos, Cédric Agaësse, Alexandre De Sa, Inge Huybrechts, Fabrice Pierre, Marc Audebert, Xavier Coumoul, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, Serge Hercberg, Benoit Chassaing, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Bernard Srour*, Mathilde Touvier*
*co-derniers auteurs


Shah S, Hasenböhler A, Javaux G, de la Garanderie MP, de Edelenyi FS, Yvroud P, Agaësse C, De Sa A, Huybrechts I, Pierre F, Audebert M, Coumoul X, Julia C, Kesse-Guyot E, Allès B, Hercberg S, Chassaing B, Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Touvier M. Food colouring additives and cancer incidence in the NutriNet-Santé prospective cohort. Eur J Epidemiol. 2026 Apr 9. doi: 10.1007/s10654-026-01393-3. Epub ahead of print. PMID: 41954817.

Notre objectif était d'évaluer les associations entre l'exposition aux additifs colorants alimentaires et l'incidence de cancer dans la cohorte française NutriNet-Santé. Au total, 105 260 adultes (78,3 % de femmes ; âge moyen 42,0 ± 14,5 ans), sans cancer prévalent et ayant complété au moins deux enregistrements alimentaires de 24 heures au moment de l'inclusion, ont été suivis pendant plus de 7 ans. Les apports alimentaires ont été évalués à l'aide d’enregistrements de 24 heures répétés et l'exposition cumulée et dépendante du temps aux additifs alimentaires a été évaluée grâce à plusieurs bases de données de composition et à des analyses de laboratoire ad hoc réalisées sur des matrices alimentaires. Les associations entre les expositions aux additifs colorants alimentaires (tertiles sexe-spécifiques lorsque la proportion de participants exposés était supérieure aux deux tiers, ou catégories non-exposés/modérément exposés/ plus fortement exposés selon la médiane sexe-spécifique dans le cas contraire) et l'incidence de cancer ont été évaluées à l'aide de modèles de Cox multivariables. Nous avons identifié 4 226 cas incidents de cancer (508 cancers de la prostate, 1 208 cancers du sein [387 cancers du sein préménopausiques et 821 cancers du sein postménopausiques] et 352 cancers colorectaux). Les additifs colorants alimentaires totaux étaient associés à une incidence plus élevée de cancer au global [HRplus forts consommateurs vs non/faibles consommateurs (IC 95 %) : 1,14 (1,05–1,24), de cancer du sein [1,21 (1,03–1,42)] et de cancer du sein postménopausique [1,32 (1,09–1,61)]. Après correction pour les tests multiples (FDR), le colorant caramel ordinaire (code européen : E150a) était associé à une incidence accrue de cancer au global [1,15 (1,07–1,25)], et le colorant bêta-carotène (E160a), au risque de cancer au global [1,16 (1,07–1,25)] et de cancer du sein [1,41 (1,23–1,62)]. Cette étude suggère un lien entre l’exposition aux additifs colorants et l'incidence de cancer. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats dans d’autres populations et élucider les mécanismes sous-jacents. Ces résultats appuient les recommandations visant à limiter l'exposition aux additifs alimentaires non essentiels (c'est-à-dire utilisés principalement à des fins sensorielles ou esthétiques et non pour la sécurité des consommateurs) et contribuent à apporter des éléments pour les futures réévaluations de ces additifs par les autorités sanitaires.

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Associations entre la substitution des fruits et légumes issus de l’agriculture conventionnelle par des fruits et légumes cultivés en agriculture biologique et le risque de cancer : Résultats de la cohorte NutriNet-Santé

Publié le 05/05/2026
Justine Berlivet, Emma Meyer, Benjamin Allès, Denis Lairon, Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Bernard Srour, Julia Baudry, Emmanuelle Kesse-Guyot

Berlivet J, Meyer E, Allès B, Lairon D, Hercberg S, Touvier M, Srour B, Baudry J, Kesse-Guyot E. Consumption of organic versus conventional fruits and vegetables in relation to cancer risk: findings from the NutriNet-Santé cohort study. Am J Clin Nutr. 2026 Mar 18:101284. doi: 10.1016/j.ajcnut.2026.101284. Epub ahead of print. PMID: 41862000.

Contexte et objectifs

La consommation régulière de fruits et légumes (FL) est associée à un moindre risque de développer certains cancers. Cependant, les FL sont également les aliments les plus contaminés par les pesticides, dont certains ont des propriétés carcinogènes. La consommation de FL cultivés en agriculture biologique permettrait de diminuer l’exposition à ces résidus de pesticides, mais les résultats des travaux ayant étudiés l’association entre consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique et risque de cancer ne sont pas concordants. En particulier, aucune étude n’a exploré le rôle specifique de la substitution des FL conventionnels par des FL issus de l’agriculture biologique sur le risque de cancer, au global et par localisation. 

Cette étude a pour objectif d’étudier l’association entre la substitution des FL conventionnels par des FL biologiques, à niveau de consommation égal, et le risque de cancer, dans la cohorte NutriNet-Santé, parmi plus de 170 000 volontaires, en utilisant des données de consommation détaillées issus d’un questionnaire de fréquence alimentaire à 264 items distinguant le mode de production pour chaque item.

Méthodes

Le rôle de cette substitution est étudié via des modèles de Cox multivariés à risques proportionnels. Les hazard-ratios sont estimés pour une substitution de 100 g de FL conventionnels par des FL biologiques. Des modèles marginaux structuraux sont également implémentés pour améliorer l’inférence causale.

Résultats

Au total, 31 179 participants, parmi lesquels 75% de femmes ont été inclus. 1 718 cas de cancers (dont 284 cas de cancer du sein post-ménopause) ont été enregistrés durant le suivi, qui était en moyenne de 7,3 ans (± 3,1). 

La substitution de FL conventionnels par des FL biologiques était associée à une réduction du risque de cancer toutes localisations confondues (HR (95IC%) pour une substitution de 100 g supplémentaire = 0,98 (0,95;1,00). On observait également un moindre risque de cancer du sein post-ménopause (HR (95IC%) pour une substitution de 100 g supplémentaire = 0,90 (0,85;0,96)). Aucune association n’était observée pour les autres localisations de cancers.  Les résultats concernant le cancer du sein post-ménopause étaient robustes, après des ajustements additionnels et lors de la mise en œuvre de modèles marginaux structuraux. Les résultats concernant les cancers dans leur ensemble étaient moins robustes. 

Conclusion 

Ce travail suggère que la substitution des FL conventionnels par des FL issus de l’agriculture biologique pourrait réduire le risque de certains cancers. Cela concorde avec les recommandations nutritionnelles françaises, qui promeuvent la consommation de FL, notamment issus de l’agriculture biologique. Toutefois, se pose la question de l’accessibilité géographique et financière de ces produits alimentaires.

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Associations entre le système actualisé de profilage nutritionnel sous-jacent au Nutri-Score et la prise de poids, le surpoids et le risque d’obésité dans la cohorte française NutriNet-Santé

Publié le 24/04/2026
Barthélémy Sarda, Florian Manneville, Clémentine Férard, Pauline Ducrot, Pilar Galan, Serge Hercberg, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Bernard Srour, Leopold K Fezeu, Mathilde Touvier, Chantal Julia

Sarda B, Manneville F, Férard C, Ducrot P, Galan P, Hercberg S, Deschasaux-Tanguy M, Srour B, Fezeu LK, Touvier M, Julia C. Associations of the updated nutrient profiling system underlying the Nutri-Score label with weight gain, overweight and obesity risk in the French NutriNet-Santé cohort. Eur J Nutr. 2026 Mar 24;65(3):101. doi: 10.1007/s00394-026-03951-7. PMID: 41874736.

Contexte et objectifs
Le profil nutritionnel sous-jacent au Nutri-Score, un étiquetage nutritionnel en face avant des emballages, a été mis à jour en 2022–2023 par un comité scientifique. Les études de validation concernant la capacité prédictive des profils nutritionnels constituent une étape clé pour appuyer des politiques fondées sur les preuves. Cette étude prospective visait à examiner les associations entre le modèle de profil nutritionnel du Nutri-Score 2023 (NS-NPM 2023) et l’évolution du poids, le risque de surpoids et d’obésité, ainsi qu’à le comparer au profil nutritionnel du Nutri-Score précédent (NS-NPM 2015).

Méthodes
Les participants de la cohorte NutriNet-Santé ont été recrutés parmi des adultes français (N = 75 775). Un indice alimentaire individuel a été calculé afin de caractériser la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires, à partir d’au moins trois enregistrements alimentaires de 24 heures, comme la moyenne des scores de chaque aliment consommé, pondérée par leur contribution énergétique. Des modèles de Cox proportionnels ont été utilisés pour évaluer l’association avec les indices ainsi que l’apparition du surpoids et de l’obésité, et des modèles mixtes pour l’évolution du poids au cours du temps.

Résultats
Nous avons constaté qu’un indice alimentaire NS-NPM 2023 plus élevé (c’est-à-dire un régime moins sain) était associé à une augmentation significativement plus importante de l’IMC au fil du temps (+0,24 % [0,22–0,26] d’IMC/an dans le tertile 3 vs tertile 1) ainsi qu’à un risque accru de surpoids (HR T3 vs T1 = 1,33 [1,24–1,43]) ou d’apparition de l’obésité (HR T3 vs T1 = 1,29 [1,14–1,45]). La comparaison entre l’indice NS-NPM 2023 et celui de 2015 n’a pas mis en évidence de différence statistiquement significative en termes de capacité prédictive.

Conclusion
Ces résultats contribuent à la validation du profil nutritionnel du Nutri-Score 2023, soutenant son utilisation comme outil de santé publique pour la prévention des maladies chroniques.

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L'impulsivité en tant que trait de personnalité est associée à un risque accru d'incidence de maladie cardiovasculaires après 8 ans de suivi : résultats de la cohorte NutriNet-Santé

Publié le 24/04/2026
Carlos Gómez-Martínez, Pauline Paolassini-Guesnier, Léopold K Fezeu, Bernard Srour, Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Nancy Babio, Jordi Salas-Salvadó, Sandrine Péneau

Gómez-Martínez C, Paolassini-Guesnier P, Fezeu LK, Srour B, Hercberg S,Touvier M, Babio N, Salas-Salvadó J, Péneau S. Trait impulsivity and risk of cardiovascular disease over 8 years: results from the NutriNet-Santé cohort. Eur J Epidemiol. 2026 Mar 18. doi: 10.1007/s10654-026-01383-5. Epub ahead of print. PMID: 41849085.

Les maladies cardiovasculaires (MCV) restent la principale cause de mortalité dans le monde, bien qu’elles soient en partie évitables. Des données émergentes suggèrent que certains traits psychologiques, tels que l’impulsivité en tant que trait de personnalité, pourraient influencer la survenue de ces maladies. Cependant, les associations entre impulsivité et MCV restent encore peu étudiées. Cette étude vise à examiner les liens entre l’impulsivité et l’incidence des MCV.

Nous avons mené une analyse prospective au sein de la cohorte française NutriNet-Santé entre mai 2014 (date d’évaluation de l’impulsivité) et février 2023, incluant des adultes âgés de 18 ans ou plus sans MCV préexistante. Les données ont été recueillies via une plateforme en ligne. L’impulsivité a été évaluée à l’aide de l’échelle de Barratt (Barratt Impulsiveness Scale, BIS-11) et classée en trois catégories : faible, modérée (référence) ou élevée. Les événements incidents de MCV, incluant les maladies coronariennes et les maladies cérébrovasculaires, ont été identifiés lors du suivi et validés par les experts de la cohorte NutriNet-Santé à partir des dossiers médicaux. Des modèles de Cox multivariés ont été utilisés pour estimer les rapports de risque et leurs intervalles de confiance à 95 % (HR [IC 95 %]). Les interactions potentielles, notamment avec le diabète de type 2 (DT2), ont également été examinées.

Parmi les 48 135 participants (78,1 % de femmes ; âge moyen : 50,5 ± 14,5 ans), 1 184 ont développé une MCV sur une durée médiane de suivi de 7,84 ans (IQR : 4,04–8,50). Une impulsivité élevée était associée à un risque accru de MCV (HR = 1,27 [1,01 ; 1,59], p = 0,039), comparativement à une impulsivité modérée. Chez les participants souffrants de DT2 (n = 1 301), une faible impulsivité était associée à un moindre risque de MCV (HR = 0,42 [0,20 ; 0,88], p = 0,022) ; aucune association de ce type n’était observée chez les participants sans DT2 (p pour interaction = 0,014).

Une impulsivité élevée était donc associée à un risque accru de MCV, tandis qu’une faible impulsivité était associée à un risque plus faible de MCV chez les individus souffrant de DT2. L’impulsivité pourrait ainsi constituer un facteur de risque psychologique pertinent des MCV et contribuer à orienter les stratégies de prévention.

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Restriction des lipides dans la petite enfance : un rôle dans l’épidémie d’obésité ?

Publié le 16/03/2026
Marie-Françoise Rolland-Cachera

Rolland-Cachera MF. Perspective: Fat Reduction Campaigns and Their Impact on Young Children-The Root Cause of the Obesity Epidemic? Adv Nutr. 2026 Feb;17(2):100576. doi: 10.1016/j.advnut.2025.100576. Epub 2025 Dec 19. PMID: 41422935; PMCID: PMC12859491.

Depuis plusieurs dizaines d’années, les scientifiques s’interrogent sur le paradoxe entre la diminution des apports caloriques et lipidiques, et l’augmentation de la prévalence de l’obésité. De nombreux titres, tels que « Unanswered questions about the causes of obesity » dans la revue « Sciences » mettent en évidence ce problème.

La diminution des apports ne concerne pas l’ensemble de la population de façon équivalente. Peu d’études ont examiné l’impact des campagnes de restriction des lipides chez les jeunes enfants. Cependant, avant l’âge de 2 ans (période sensible des « 1000 premiers jours »), les apports atteignent des niveaux très faibles. Vers l’âge de 1 an, dans un grand nombre des pays, près de 90% des enfants ont des apports inférieurs aux recommandations et jusqu’à 98% dans l’étude française EDEN.

Depuis les études de David Barker, il est bien établi que les restrictions énergétiques au début de la vie conduisent à un métabolisme économe (The thrifty metabolism concept) programmant le risque de développer des maladies métaboliques et l’obésité. En plus d’un effet lié au métabolisme énergétique, un effet sur le statut hormonal peut expliquer l’augmentation de l’obésité. Des restrictions énergétiques, entrainant une diminution de la leptine au début de la vie conduiraient à développer la résistance à la leptine, caractéristique des sujets obèses.

En résumé, les campagnes visant à réduire la consommation de graisses ont : (i) réduit l'apport énergétique, en particulier chez les jeunes enfants pendant la période sensible du début de la vie, (ii) modifié les fonctions hypothalamiques et réduit les niveaux de leptine, et (iii) imprimé de manière irréversible un « métabolisme économe », programmant la résistance à la leptine et le stockage des graisses. Ce métabolisme inadapté ne parviendra pas à faire face à un futur environnement obésogène.

Ce mécanisme pourrait résoudre le paradoxe de la prévalence croissante de l'obésité malgré l'absence d'augmentation des apports énergétiques. Ces propositions pourront ouvrir de nouvelles pistes de recherche et attirer l’attention sur le fait que la réduction des graisses ne doit pas s’appliquer aux jeunes enfants.

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